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Ewa Merz étudie la vie commune du plancton

Prix Schläfli 2025 en biologie : elle est fascinée par la mer depuis son plus jeune âge. Mais, étant donné que la Suisse n’a pas d’accès direct à la mer, elle a commencé par les lacs. Ewa Merz se voit désormais décerner le Prix Schläfli en biologie de l’Académie suisse des sciences naturelles pour son travail sur la cohabitation fragile des espèces de planctons.

Ewa Merz, Prix Schläfli 2025
Ewa Merz, Prix Schläfli 2025
Ewa Merz, Prix Schläfli 2025Image : Ewa Merz
Image : Ewa Merz

Astrid Tomczak-Plewka

« Je n’ai jamais mangé de poisson. Je les considérais comme mes amis » explique Ewa Merz, alors qu’elle est attablée dans l’un des instituts pour la recherche marine les plus renommés du monde, à savoir l’Institut d’océanographie Scripps à San Diego, en Californie. Un rêve d’enfant qui se réalise : la mer, qui la fascinait tant quand elle était petite, n’est qu’à quelques pas. Une fois par semaine, elle y plonge (au premier sens du terme) afin d’assurer l’entretien d’instruments qui se trouvent sur le fond du Scripps Pier. Dans le cadre de sa thèse à l’Eawag, elle a de plus effectué des recherches dans dix lacs. Elle y a étudié les conséquences des variations de température et de nutriments sur les communautés planctoniques.

La hausse des températures nuit au plancton

Le plancton, des animaux et plantes de taille microscopique vivant dans les eaux, n’est pas seulement important comme base alimentaire pour des organismes plus grands, mais aussi pour des processus biochimiques tels que la photosynthèse. L’affaiblissement du plancton entraîne des conséquences considérables. L’influence directe de l’être humain sur ces micro-organismes a déjà fait l’objet de nombreuses recherches. « Mais nous savons encore peu de choses sur la manière dont les espèces de plancton interagissent entre elles », explique la scientifique en sciences naturelles de l’environnement. C’est justement sur ce point que Merz s’est focalisée dans sa thèse. « Plus il y a d’interactions entre les différentes espèces de plancton, plus ces micro-organismes sont stables », affirme-t-elle.

Elle a analysé des jeux de données des dernières décennies sur les nutriments et la température et les a mis en corrélation avec le plancton. Le réchauffement dans les lacs est stupéfiant : ainsi, de 2010 à 2022, la température de l’eau a augmenté de 0,4 à 1,7 degré en comparaison avec les années précédentes. Conséquence : si les températures augmentent, les interactions entre les espèces diminuent et celles-ci sont affaiblies. Cela a des répercussions sur les mangeurs de plancton, qui deviennent plus fortement dépendants des sources nutritionnelles disponibles. Les petits mangeurs de plancton et les cyanobactéries se sont révélés être des indicateurs particulièrement sensibles à ces changements. « Le fait que les espèces interagissent a été une révélation pour moi, déclare Ewa Merz. Et cela montre clairement que tous les changements dans l’environnement ont une influence sur l’ensemble de l’écosystème. »

Pour son travail, Ewa Merz se voit maintenant décerner le Prix Schläfli en biologie. « J’ai dû tout d’abord respirer bien profondément quand j’ai appris la nouvelle, dit-elle. Ce prix montre que ma curiosité et mes questions vont dans la bonne direction. »

« La nature regorge de surprises »

Ewa Merz est l’aînée de quatre frères et sœurs et a grandi à Fribourg. Sa mère a longtemps travaillé comme juriste au Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), puis à l’Office fédéral de l’environnement (OFEV). Elle est actuellement engagée auprès de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) qui conseille notamment les États dans le domaine de la gestion du plastique. « Elle a probablement été une source d’inspiration pour étudier les sciences naturelles de l’environnement », affirme Ewa Merz. Son père était enseignant au secondaire et a passé beaucoup de temps avec ses enfants. « C’était fantastique », se remémore Ewa Merz. Son enfance a donc été plus marquée par les plantes et les vaches que par la faune marine. Toutefois, Ewa explique qu’elle a toujours aimé dessiner la mer et les poissons. C’est lors d’un stage de master qu’elle a plongé pour la première fois dans l’océan. C’était au Brésil, où elle a étudié des coraux invasifs. Et elle est déjà allée en Californie pour son mémoire de master, mais pour se pencher sur les plantes et les fourmis. Le fait qu’elle ait fini par se consacrer au plancton est peut-être le fruit du hasard : enfant, elle s’imaginait devenir archéologue ou vétérinaire. Mais l’eau ne l’a ensuite plus lâchée. « Et, pendant mon doctorat, j’ai vraiment été fascinée par le plancton, dit-elle. La nature peut réserver tellement de surprises. »

Son post-doctorat au Scripps se termine en février 2026. Que va-t-elle faire ensuite ? Tout est encore ouvert, surtout au vu de la situation politique aux États-Unis. « J’adore travailler avec des jeux de données », confie-t-elle. Elle pourrait passer des heures à réfléchir à la manière de résoudre un problème et de présenter la solution de façon claire et simple. « Mon emploi de rêve serait évidemment en Suisse, il y a là-bas d’excellentes universités et aussi des fonds de recherche. Je pourrais bien m’imaginer travailler dans une ONG ou à la Confédération. » Et il est également plus facile de skier dans son pays qu’en Californie du Sud, où l’été semble éternel. Pour l’instant, la femme de 33 ans vit encore son rêve d’enfant : les poissons sur ses dessins sont devenus réalité. On imagine volontiers Ewa Merz tantôt en pleine plongée sous-marine, tantôt sur sa planche de surf.

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